Comment présenter un atelier mémoire à des résidents réticents

Comment présenter un atelier mémoire à des résidents réticents

Vous annoncez un atelier mémoire. Certains résidents hochent la tête poliment. D’autres détournent les yeux. Quelques-uns disent d’emblée que ça ne les intéresse pas, que leur vie ne vaut pas qu’on en parle, ou qu’ils ne savent pas écrire.

Ce moment, la plupart des animateurs le connaissent. Ce n’est pas un rejet de l’activité. C’est une réaction normale face à quelque chose qui semble exiger de se mettre à nu. Ce guide propose des formulations et des approches concrètes pour passer ce cap.

Pourquoi les résidents refusent (et ce que ça signifie vraiment)

La réticence a rarement une seule cause. Trois profils reviennent souvent.

Le premier est celui du résident qui pense sincèrement que sa vie est banale. Pas de guerre, pas de gloire, pas de carrière exceptionnelle. Il compare son parcours à ce qu’il imagine être une bonne histoire, et conclut qu’il n’a rien à raconter. Ce n’est pas de la fausse modestie. C’est une conviction.

Le second profil est celui de la personne qui a peur de rouvrir des souvenirs douloureux. Elle ne le dit pas toujours clairement, mais la perspective de parler de sa vie lui rappelle des pertes, des ruptures, des choses qu’elle a rangées quelque part et qu’elle préfère ne pas remuer.

Le troisième profil est simplement méfiant envers tout ce qui ressemble à une animation. Certains résidents ont vécu des séances mal calibrées, condescendantes ou inutiles. Ils n’ont pas envie de recommencer.

Ces trois profils demandent des approches différentes.

Ce qu’il vaut mieux ne pas dire

Avant d’aborder ce qui fonctionne, il y a quelques formulations à éviter.

“Racontez votre vie” est trop large. Ça ne donne aucun point d’entrée. La personne ne sait pas par où commencer et se sent immédiatement dépassée.

“C’est pour laisser quelque chose à vos enfants” peut être maladroit selon la situation familiale. Pour quelqu’un qui a peu de contact avec sa famille, ou qui a perdu des proches, cette phrase crée plus d’inconfort qu’elle n’en lève.

“Il n’y a rien de difficile” minimise la résistance. La personne sait que ce n’est pas anodin. Lui dire que c’est simple peut la mettre sur la défensive.

Formuler l’invitation autrement

La question qui fonctionne le mieux n’est pas “voulez-vous raconter votre vie ?” mais une question concrète et délimitée.

“Est-ce que vous vous souvenez du quartier où vous avez grandi ?” ou “Comment c’était, une journée d’école quand vous aviez dix ans ?” Ces questions ouvrent une porte précise. Elles ne demandent pas d’effort de synthèse. Elles appellent un détail, une image, un nom de rue.

Le mot “atelier” lui-même peut être un frein pour certains profils. Selon le contexte, “une conversation enregistrée” ou “une séance où on discute” passe parfois mieux. La forme compte moins que le fait que la personne comprenne qu’on lui demande de parler, pas d’écrire.

Pour les résidents qui craignent d’ouvrir des souvenirs difficiles, il est utile de dire explicitement qu’ils choisissent ce qu’ils racontent. Personne ne les force à aller là où ils ne veulent pas aller. Ce cadre posé clairement, en deux phrases, change souvent la dynamique.

La présentation individuelle avant la séance

Dans les établissements où les animateurs prennent le temps d’une courte présentation individuelle, le taux de participation est nettement plus élevé qu’avec une annonce collective seule.

Cinq minutes, dans le couloir ou dans la chambre, à expliquer ce qui va se passer concrètement : combien de temps dure la séance, ce que la personne aura à faire, est-ce qu’on peut s’arrêter si on ne se sent pas à l’aise. Ces informations réduisent l’incertitude, qui est souvent la vraie source du refus.

Il est aussi utile d’expliquer que chaque participant aura sa propre conversation avec Skribi, depuis sa tablette ou son ordinateur, à son rythme. Ce n’est pas un exercice de groupe où l’on doit parler devant les autres. Chacun est seul face à ses souvenirs, accompagné par Skribi qui pose les questions une par une.

Utiliser un support comme point d’entrée

Apporter un objet, une photo ancienne ou une carte postale d’époque peut suffire à enclencher quelque chose. Ce n’est plus vous qui demandez à la personne de parler de sa vie. C’est l’objet qui pose la question.

Certains animateurs utilisent des listes de thèmes imprimés que les résidents peuvent feuilleter avant la séance. Voir que les questions portent sur des choses concrètes, les métiers, les recettes de cuisine, les jeux d’enfance, rassure. Ça déplace le cadre de “raconter sa vie” vers “converser sur des choses précises”. Pour beaucoup de résidents, c’est la différence entre participer et ne pas participer.

Montrer le résultat final, un livre imprimé ou une brochure, peut aussi lever des réticences. Quand un résident comprend que la conversation aboutit à un objet concret, quelque chose qu’on peut tenir dans les mains, offrir à sa famille, garder sur une étagère, le sens de la démarche devient immédiatement plus clair.

Après le refus : ne pas refermer la porte

Un résident qui dit non aujourd’hui n’a pas dit non pour toujours. La façon dont vous gérez ce refus conditionne ce qui se passe dans les semaines suivantes.

Remercier la personne d’avoir écouté la présentation, lui laisser une feuille avec les thèmes abordés, lui dire qu’elle peut rejoindre une prochaine séance si l’envie vient : ces gestes simples maintiennent une ouverture. Plusieurs animateurs témoignent que des résidents qui avaient refusé deux ou trois fois ont finalement participé, souvent après avoir vu ou entendu parler du livre d’un autre résident.


Pour les équipes qui souhaitent intégrer ces ateliers dans un cadre structuré avec un outil de recueil et de mise en forme, la page dédiée aux établissements répond à toutes les questions pratiques.

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