La phrase revient dans presque toutes les conversations : “Ma vie n’a rien d’exceptionnel.” Parfois on l’entend d’une mère de famille qui a élevé trois enfants seule, tout en travaillant,en changeant de pays. Parfois d’un homme qui a traversé une guerre. Parfois de quelqu’un dont le quotidien a semblé, de l’extérieur, parfaitement tranquille, et qui garde en lui des décennies de pensées, de doutes, de petites victoires jamais nommées.
Ce n’est pas de la fausse modestie. C’est une conviction sincère. Et elle bloque tout.
Pourquoi on juge sa propre vie moins intéressante que celle des autres
Il y a une asymétrie dans la façon dont on perçoit sa propre histoire. Ce qu’on a vécu, on le connaît de l’intérieur. On sait les moments de doute, les erreurs, les années qui se sont ressemblées. On ne voit pas le tout, on voit les coutures.
Les vies des autres, on les voit de l’extérieur. On en retient les contours : le voyage au bout du monde, la reconversion spectaculaire, la carrière remarquée. On ne connaît pas les années creuses entre les deux.
Résultat : on compare notre envers à leur endroit. Et bien sûr, notre vie paraît moins bien taillée.
Ce biais est réel et documenté. Les psychologues le nomment parfois “comparaison sociale asymétrique” : on a accès à nos propres failles et à la surface polie des autres. Ce n’est pas une question de valeur. C’est une question de perspective.
Ce que les proches retiennent, et ce qu’on oublie de leur dire
Demandez à quelqu’un ce qu’il aimerait savoir de la vie de son grand-père ou de sa grand-mère. Rarement la réponse porte sur les exploits. Elle porte sur les détails : comment était la maison d’enfance. Ce qu’on mangeait le dimanche. Quel genre de personne était l’arrière-grand-mère. Comment on a traversé telle période difficile.
Ces choses-là, personne ne les a écrites. Parce que la personne concernée a pensé que ça n’avait aucun intérêt.
Il y a une forme de malentendu dans la transmission : on attend d’avoir quelque chose d’important à dire, pendant que ceux qui nous entourent attendent simplement qu’on leur parle. Le quotidien d’une vie ordinaire devient, avec le recul d’une génération, une source de connaissance que plus personne ne peut reconstituer.
Ce que “intéressant” veut vraiment dire dans une histoire de vie
Un récit de vie n’est pas un roman d’aventures. Il n’a pas besoin d’un tournant dramatique ni d’un moment de gloire. Ce qui rend une histoire lisible et utile à ceux qui la liront, c’est la précision, pas l’intensité.
Un souvenir précis de ce que ça faisait de prendre le train seul pour la première fois à quinze ans. La description d’un patron difficile, ou d’un voisin drôle. Le récit d’une journée ordinaire en 1972, ce qu’on achetait, ce qu’on écoutait à la radio, ce qu’on pensait de l’avenir.
Ce type de détail ne vieillit pas. Il n’a pas besoin d’être romancé. Il a juste besoin d’être dit.
L’intérêt d’un récit de vie ne se mesure pas à son intensité dramatique. Il se mesure à ce que les autres n’auraient jamais pu savoir sans lui.
Le blocage réel : on ne sait pas par où commencer
Dans beaucoup de cas, la conviction que “sa vie n’est pas intéressante” est une façon de nommer autre chose : on ne sait pas comment commencer. La page blanche. Le vertige devant l’ensemble, toutes ces années, tous ces visages, dans quel ordre, avec quel fil directeur.
Ce n’est pas un manque de matière. C’est un manque de structure.
C’est précisément pour ça que la conversation fonctionne mieux que l’écriture directe. Quand quelqu’un pose une question, “Où avez-vous grandi ?”, “Quel était votre premier travail ?”, “Racontez-moi un repas de famille que vous n’avez pas oublié”, la réponse vient naturellement. On ne cherche pas à être intéressant. On répond. Et dans cette réponse, il y a presque toujours quelque chose qui vaut la peine d’être gardé.
Skribi fonctionne sur ce principe : une conversation guidée par questions, organisée en chapitres, qui transforme ce qu’on dit en récit structuré. Pas besoin de savoir écrire, pas besoin de trouver un angle. Il suffit de répondre. C’est le rôle de Skribi de construire la forme à partir de la matière que vous donnez.
Ce qu’on risque en attendant
Il y a une question plus simple que toutes les autres : si vous ne le racontez pas, qui le fera ?
Pas dans un sens dramatique. Dans un sens factuel. Les personnes qui ont partagé votre vie et qui pourraient corroborer, compléter, se souvenir à leur tour, elles vieillissent aussi. Les détails s’effacent. Les noms deviennent flous. Ce qui semblait évident finit par disparaître sans laisser de trace.
Attendre d’avoir “quelque chose d’intéressant à dire” revient souvent à attendre indéfiniment. La vie continue d’avancer et les souvenirs, eux, restent derrière.
La seule condition pour commencer, c’est d’accepter que ce qu’on a vécu mérite d’être raconté tel quel. Pas mis en scène, pas amélioré. Juste dit.
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